Les tickets de train sont réservés, le dog-sitter booké, la crème solaire achetée en pack de dix litres, le message d'absence activé sur la boîte mail… L'heure des vacances tant attendues - et tant méritées - a enfin sonné. Passage en revue de quelques conseils qui, à défaut de vous protéger de la canicule, devraient vous aider à ne pas tout saboter.
Accepter que le premier jour des vacances soit un sas de décompression un peu déprimant. On arrive avec l'énergie de la ville, le corps crispé, la liste des emails restés sans réponse encore ouverte dans un coin du cerveau, les enfants qui réclament une glace avant même d'avoir posé les valises. Ce n'est pas grave. Les vacances commencent rarement au moment où elles débutent officiellement. Activer son corps. Marcher, nager, pédaler, ramer, descendre acheter du miel, construire une cabane… Le corps a besoin de sentir qu'il existe. Accueillir l'ennui avec confiance car il nous permet de voir les choses qui passent d'ordinaire inaperçues : les motifs bleutés d'une tasse, la couleur d'un arbre au coucher du soleil, la fatigue discrète du vieux maraîcher à qui l'on pourrait apporter un verre d'eau, les fissures du mur qui dessinent un labyrinthe… Renoncer à être aimable 24h/24. Même au bord de la mer, on peut être irritable, mélancolique ou agacée parce que personne n'a pensé à acheter du pain. Changer de décor ne transforme pas instantanément une femme normalement constituée en déesse du zen. Et c'est normal. Oublier son téléphone au fond du sac de plage. Tout photographier donne parfois l'impression de rester à distance de ce que l'on est en train de vivre. Une ou deux images suffisent. Le reste s'inscrit dans la mémoire, d'autant plus profondément que le moment aura été vécu pleinement. Laisser les enfants s'ennuyer. L'ennui est souvent le début d'une aventure, même si elle commence par "je sais pas quoi faire". Sanctuariser un petit moment quotidien rien que pour soi. Un café seule le matin, une marche sans téléphone, un bain de mer avant que tout le monde se lève. Accepter les ratés. Une tente qui s'envole en pleine nuit, un guide soporifique, une averse dantesque en plein milieu d'une promenade, un invité peu enclin à aider : cela fait partie des vacances. Et surtout, ce sont souvent ces moments-là qui deviennent les souvenirs dont on rit le plus six mois plus tard. S'habiller et non se déguiser. Il y a une différence entre porter des vêtements d'été et se transformer en vitrine de concept-store balnéaire. Ne pas trop attendre des vacances. Elles peuvent alléger, réoxygéner… Et c'est déjà beaucoup. Mais elles ne règlent pas tout. Et ce n'est pas grave.
Se méfier des grandes résolutions prises dans un hamac. Dans la lumière poudreuse des soirs d'été, on croit souvent que l'on va être capable de tout changer à la rentrée : son alimentation, son rythme, sa maison, son rapport au téléphone, peut-être même sa personnalité. Peut-être. Mais avant de commander un extracteur de jus dernier cri, de quitter son cabinet d'avocat ou d'entamer un CAP boulangerie, mieux vaut attendre une ou deux semaines après le retour des vacances pour vérifier que nos nouvelles ambitions ne se sont pas évaporées avec le bronzage. Chercher la beauté dans les détails, pas dans le programme. Les gouttelettes d'eau qui s'attardent sur une épaule bronzée, un enfant qui dessine sur le sable, des herbes hautes qui ondulent au vent, un poisson qui saute dans une vague, une sculpture à demi dévorée par le temps… La magie des vacances se situe souvent bien plus dans ces micro-émerveillements que dans les moments parfaitement planifiés. Emporter un livre qu'on a déjà lu et qu'on a adoré. Congeler du café dans un bac à glaçons. Pour les matins trop chauds où un latte brûlant n'est pas une option, quelques glaçons de café dans du lait peuvent suffire à retrouver sa bonne humeur. Préparer une tenue "no brainer". Une robe dont on adore la couleur, une chemise ample associée à un short bien coupé, un pantalon blanc très large avec un débardeur couleur beurre frais : peu importe. L'idée, c'est d'avoir sous la main une tenue déjà pensée, prête à enfiler les jours où le petit dernier fait ses dents sous 32 degrés, où l'on a renversé du Bordeaux sur sa blouse favorite, ou quand le duo maillot de bain/paréo commence à perdre de son charme. Faire une playlist très courte. Pas trois heures de musique "summer mood", mais plutôt dix ou quinze chansons choisies en amont, en famille. Quelques titres seulement, mais assez pour que les vacances aient leur propre bande-son. Se baigner même quand on n'a "pas le temps". Un bain de mer de cinq minutes peut parfois changer totalement l'humeur de la journée. Alors autant ne pas s'en priver. Voire même en faire une priorité. Mettre les fruits un peu abîmés au congélateur : pêches trop mûres, bananes fatiguées, fraises molles : tout peut devenir smoothie, compote express ou glace minute. Marcher pieds nus le plus souvent possible. Sur le sable, l'herbe, les dalles tièdes…
Laisser chacun faire sa valise, puis assumer. Il manque un pull ? Il fallait y penser. Il y a six tee-shirts noirs et aucun maillot ? Intéressant... Les vacances sont aussi un stage d'autonomie textile ! Mettre des framboises congelées dans le vin blanc : c'est joli, frais et vaguement décadent. Prévoir des repas "zéro cuisson" : tomates, mozzarella, pain, sardines, concombre, olives, melon, cerises, jambon cru… On ne "fait" pas à manger. On réunit simplement de bonnes choses sur la table. Et cela fait toute la différence. Ne jamais sous-estimer le pouvoir pluridisciplinaire d'un paréo : serviette, jupe, foulard, robe, nappe, protection solaire, abri psychologique, tente, voile de bateau… Ne pas confondre vacances et performance. Vouloir voir toutes les plages, tous les musées, tous les marchés, tous les restaurants : c'est très bien sur le papier. Mais à trop remplir les journées, on finit parfois par passer à côté de ce que l'on était venu chercher. Dans la vraie vie, les meilleurs moments du séjour arrivent rarement là où on les avait prévus. Mais encore faut-il leur laisser de la place pour exister. Regarder les photos des vacances passées pour en tirer des leçons stylistiques. Pas pour se juger, mais pour repérer ce qui nous allait vraiment, ce qui nous alourdissait, et les pièces que l'on croyait "bohèmes" mais qui, une fois portées, nous donnaient plutôt l'allure d'une prof de poterie en plein burn-out. Se méfier de la robe "spéciale vacances". Trop longue, trop transparente, trop froissable, trop "je vis désormais à Hydra avec un peintre noctambule". Avant de lui confier trois semaines de notre vie, mieux vaut la tester pendant 24h. Ranger la maison avant de partir. Rentrer dans une maison propre n'a pas de prix. Se demander chaque matin : "Qu'est-ce qui rendrait cette journée plus légère ?". Pas plus exceptionnelle. Pas plus mémorable. Plus légère. Souvent, la réponse est très simple : moins de voiture, plus d'eau, moins d'alcool, pas de visite obligatoire, une sieste, un pantalon qui ne serre pas…
Merci Lise, je pars après-demain, tes conseils sont précieux! Je vais choisir un roman déjà lu (Jane Austen?) au lieu du livre de physique quantique simplifée que j'avais prévu )))
"Les vacances commencent rarement au moment où elles débutent officiellement ". Je retiens et pratique depuis quelques années et j ai constaté que lorsque la peau prend une couleur abricot c esr signe de détente et de joie. Et aussi emporter un livre qu on a déjà lu...j ai une photo prise vite fait l été dernier où apparaît dans le coin un bout de couverture de Persuasion... Merci de tes conseils avisés Lise. Les vacances c est en août par ici, beaucoup à faire avant mais quoi qu'il en soit, je souhaite un été délicieux à ceux qui partent et ceux qui ne partent ou ne peuvent pas partir.🙏😎❤️
je te rejoins sur tellement de points que tu mentionnes ! et j'ajouterai "faire de chaque journée une journée de vacances plutôt que voir la semaine ou la quinzaine dans son ensemble", comme ça on a vraiment l'impression de profiter et chaque journée peut être complètement différente de la précédente ou au contraire exactement la même - zéro pression
Merci pour cet article! En vacances depuis midi aujourd'hui et le moral dans les chaussettes sans savoir pourquoi. Mais tu as raison, ce n'est que le début, la phase de transition. Et hop, je vais sauter dans le lac et voir ce qui arrive! Belle été à toi Lise et à la famille.
Merci Lise !
J’ajouterais bien ce conseil ci, très pragmatique : se souvenir que la crème solaire tache irrémédiablement les tissus blancs, avant de ne prendre que ça dans sa valise !
Combien de jolies blouses ai-je massacré comme ça…
C'est exact.! je viens de massacrer 2 tees- shirts et une blouse blanches ! Le Percarbonate de soude a été totalement inefficace 😢!
Belles vacances à toutes !
Complètement d'accord ! je porte beaucoup de blanc l'été et maintenant j'ai compris je ne mets plus de crème solaire sur le décolleté par peur de tacher les chemises. Rien ne fonctionne en effet pour rattraper le jaune de la crème solaire.
Bonnes vacances !
Avez-vous essayé de frotter avec du savon de marseille (ou autre savon traditionnel) et de laisser quelques heures sous le soleil avant de rincer? D'après ma petite expérience, les rayons du soleil font des merveilles contre les tâches sur du tissu blanc.
Lire des livres drôles. Petite sélection ( à compléter par les lectrices ):
Un Anglais sous les tropiques de William Boyd : un employé d'ambassade raciste et misogyne se retrouve pris dans la guerre d'indépendance au Congo
Le chameau sauvage de Philippe Jaenada : un jeune homme rencontre un jeune fille insensée ( spoiler: la fin est un peu triste )
Vacances anglaises et Drôle de bazar de Joseph Connolly : des hommes dépassés par leurs femmes et maîtresses volcaniques
Le cantique de l'apocalypse joyeuse de Arto Paasilinna : la guerre mondiale nucléaire est arrivée mais un petit village de Finlande résiste, mené par une dynamique femme pasteur
Petits suicides entre amis de Arto Pasaalinna : des dépressifs montent un club pour mettre fin à leurs jours mais au fil des péripéties leur moral va remonter
Sans nouvelle de Gurb de Eduardo Mendoza : des extraterrestres en avarie technique atterrissent à Barcelone et l'un va découvrir la vie nocturne de la ville
Voilà, bonne lecture et bonnes vacances à toutes !
Le dernier livre que j'ai lu en souriant souvent, c'est Camarade Papa, de Gauz. Aussi, l'absurde de Richard Brautigan fonctionne en général à merveille dans ses romans.
Merci ! Je suis jeune maman et je me fais une liste avec de la chick litt, de la sf, de l'imaginaire, un essai qui me faisait envie, tes suggestions tombent à pic !
J'essaierai de revenir compléter plus tard, on dirait que la sieste est finie ...
Cela correspond tellement à ma philosophie des vacances !
À tel point que quand je rentre, je peine à partager mes expériences, notamment avec des collègues qui partent pour cocher les cases d’Instagram « on a FAIT le temple ceci et on a FAIT le musée cela » alors que moi j’ai JUSTE passé un mois dans un village de pêcheurs brésiliens en essayant de m’imprégner de la vibe locale… ce qui se raconte mal entre deux tableaux Excel après une réunion qui aurait pu être un e-mail…
Déjà j'ai beaucoup ri :
- Ces pièces que l'on croyait "bohèmes" mais qui, une fois portées, nous donnaient plutôt l'allure d'une prof de poterie en plein burn-out.
- Se méfier de la robe "spéciale vacances". Trop longue, trop transparente, trop froissable, trop "je vis désormais à Hydra avec un peintre noctambule".
J'aurais tellement aimé vivre à Hydra etc... mais j'aurais tellement pété les plombs...
Ensuite je retiens ces 2 conseils de lecture. Je prends parfois des livres trop durs en vacances :
- Un Anglais sous les tropiques de William Boyd : un employé d'ambassade raciste et misogyne se retrouve pris dans la guerre d'indépendance au Congo
- Sans nouvelle de Gurb de Eduardo Mendoza : des extraterrestres en avarie technique atterrissent à Barcelone et l'un va découvrir la vie nocturne de la ville.
J'aurais surtout besoin de conseils pour déconnecter de mon téléphone, pour ne pas scroller... J'arrive à pas tout photographier, je profite des moments, je ne "fais" jamais de pays. Mais qu'est-ce que je peux le regarder... Addiction.
"J'aurais surtout besoin de conseils pour déconnecter de mon téléphone" : je pense qu'il faut y aller de manière radicale ;) C'est en tout cas ce que je vais faire pendant mes vacances. Je le ferme et le range au fond de la valise. Si il y a une urgence, les gens ont le numéro de téléphone de mon mari ;)
Ema
Franchement, je n'ai pas instagram ni tik tok etc...et je me porte le mieux du monde sans ces injonctions sociales...
Mon conseil: desinstaller les applis tout simplement
Bonne vacances!
Généralement, ce qui marche pour enlever ou prendre une habitude, c'est de jouer sur la facilité. Il est toujours à portée de main ? Il faut le laisser dans un coin de la maison de vacances, ou éteint dans le fond du sac de plage. A l'inverse, un livre est lui tout beau, disponible, offert comme un croissant qui sort de la boulangerie et on en change si ce n'est pas le bon à ce moment.
Merci de ta proposition de livres , j ai lu d Arto Paasilinna Petits Suicides entre amis mais pas le cantique de l Apocalypse joyeuse. Je le mets sur ma liste de cet été.
Je me permets d ajouter à la série 7 romans de Jean Christophe Rufin dont le héros est le consul Aurel Timescu . Personnage iconoclaste envoyé d ' ambassade en ambassade à travers le monde. Ses traits particuliers: ne surtout rien faire, jouer du piano et boire du Tokay bien frais. Mais à chaque fois il se trouve entraîné malgré lui dans des affaires tenebreuses et c est dans ces circonstances que son génie pour faire triompher la justice le fait sortir de sa torpeur.:avec humour et compassion mais sans complaisance. Légèreté et géopolitique au menu.
Oui ! Un ami expatrié qui a travaillé pour les affaires étrangères m'a dit que c'était exactement ça !
Un autre polar humoristique : Aller simple de Carlos Salem , un Espagnol en vacances au Maroc cherche à se débarrasser de sa femme castratrice et va être embarqué dans moult péripéties
Merci pour ces excellents conseils ! Pour la lecture, j'aurais mieux fait de lire l'article avant de jeter mon dévolu sur les Particules élémentaires... terriblement sombre mais un peu addictif. Une recommandation beaucoup plus drôle et légère : Les carnets du major Thompson, de Daninos.
Bon été à toutes et tous !